ETHNOLOGIE DE LA CHAMBRE À COUCHER
Quelle que soit l’époque, le lit a toujours eu une importance. Il a pris une autre dimension au XXe siècle, pendant lequel différentes technologies sont apparues : matelas à ressorts, en mousse… La notion de confort s’est développée et l’acte d’acheter un lit neuf s’est démocratisé : un lit deux places pour les adultes, un couchage une place pour les enfants. Si acheter un nouveau matelas [à mettre entre balises ] pour bien dormir est essentiel, le sommier et l’oreiller sont devenus, au fil du temps, indissociables du premier.
Animant l’une des nombreuses conférences du Salon Meuble Paris 2008, l’Association pour la Promotion de la literie
a souhaité apporter un angle historique à son intervention en donnant la parole à Pascal Dibie, ethnologue, expert du lit
et auteur du livre « Ethnologie de la Chambre à coucher », éditions Métailié.
« Evolution des habitudes et fonctions du couchage d’hier à aujourd’hui », extraits de la conférence du 28 janvier 2008 à Meuble Paris

Est-ce que l’homme a toujours eu le souci de se reposer ?
A cette époque l’homme se préoccupait déjà de son confort nocturne : couches en varech séché, peaux de rhinocéros laineux, etc.
On a d’ailleurs retrouvé des inscriptions en creux témoignant d’un couchage élaboré.
On sait par le mobilier funéraire découvert en Egypte qu’il y avait un vrai mobilier pour la chambre. Pouvez-vous nous en dire plus ?
A cette époque, les Egyptiens disposaient d’un mobilier dépouillé mais très confortable avec des lits en bois de pin au cadre assez
bas équipés de bandes de toile comme base de sommier. Ce sommier était recouvert de vanneries qui constituaient un rembourrage important.
Le lit était parfois si haut qu’il fallait un marchepied pour y monter. Enfin, les oreillers étaient des appuis assez typiques des sociétés à coiffes artistiques.
Est-ce que les Grecs avaient autant d’attention pour le lit ?
En Grèce on connaît l’histoire du lit d’Ulysse aménagé dans un olivier. Le lit commun était un cadre de bois équipé de sangles, une natte de jonc,
un oreiller et une couverture. On gardait sa tunique pour dormir.
Quant à Rome, il semble qu’elle ait été une « véritable civilisation du lit » ?
A Rome, la majorité des lits étaient des grabats aménagés dans des alcôves adhérant au mur, juste recouverts de paillasses.
Dans la « Domus » ou maison noble, on trouvait les « lectuli », petits lits à une place. Plus spécialement utilisés pour les repas,
le triclinium proposait trois lits à trois places avec tout le nécessaire : un matelas de plume en lirette ou en tapis recouvert d’une housse somptueuse
et des coussins pour le « cubitus » ou coude gauche. A noter qu’un homme poli était avant tout un « cubator » ou homme couché et appuyé sur le coude gauche.
Au Moyen-Age, il y avait des lits collectifs puis il y eut des lits à deux places..
Au Moyen-Age, les lits collectifs existaient pour dix à quatorze personnes dans la haute noblesse. Ces lits étaient très grands :
il fallait une pelle à drap pour les faire... Puis vint l’invention de la conjugalité. Pour lutter contre le paganisme, l’Eglise proposa le lit à deux places, à savoir pour un homme et une femme. Un bon lit se composait alors d’une paillasse,
puis à partir des croisades, d’un matelas de l’arabe « materas » (XIIIème siècle) garni de laine ou de coton.
Sur ce lit, on mettait un linceul (drap en lin) puis des « coustes » ou couettes. Enfin, le chevet était réservé à la tête.
C’est de cette époque que date tout le vocabulaire technique du lit.
Sous Louis XIV, il y a un retour du lit dans la vie quotidienne de façon massive au sein de cette fameuse société de cour, pouvez-vous nous la décrire ?
C’est vrai que Louis XIV fonctionnait comme un astre solaire et qu’on devait assister à son lever (du lit) et à son coucher (dans le lit) comme on assiste au lever
et au coucher du soleil. A l’imitation du Roi, toute la société de cour organisait sa vie entre ses propres chambres - souvent Monsieur et
Madame avaient des chambres séparées. Dans la journée, Madame gagnait le lit de parade et y recevait dans la journée. Le vocabulaire de lit s’est beaucoup enrichi
à cette époque.
Au XIXème siècle, c’est le rapport de la chambre et son ameublement qui se transforment radicalement.
On entre dans une période « aériste » avec des stratégies sanitaires nouvelles qui vont marquer chambres et lits. On démiasme, on aère, on dépoussière, on ouvre...
Le lit devient l’objet d’une attention toute particulière, il faut pouvoir le déplacer, on remplace le bois par du fer, etc. C’est la fin de la promiscuité
et le début d’une chambre républicaine liée à une certaine morale.
La literie est liée depuis longtemps à la corbeille de la mariée... Qu’elle en est la raison ?
En effet, avoir un lit était le symbole matériel indispensable lorsque l’on souhaitait fonder une famille. D’ailleurs, on peut s’apercevoir dans les actes notariés
l’importance des lits dans l’héritage. Pour celui qui veut se marier, il faut acheter une chambre à coucher, c'est-à-dire avoir un lit
et cela représentait à l’époque les 2/3 du salaire annuel !
Dans les années 1950, il y a un grand tournant dans l’organisation même de la chambre.
C’est le début de la normalisation de tout ce qui touche à l’homme. On définit des cotes pour les pièces et pour les meubles comme le lit. Exemple : le lit à 60 cm du mur,
la chambre de 9m², la fenêtre devant faire 1/6 de la surface de la chambre, etc. Les matelas deviennent alors la priorité des fabricants.
On sort de la seule idée du repos. Les fabricants de literie font appel à des bases nouvelles et proposent un couchage basé sur les découvertes scientifiques.
Absolument, dans les années 1975, 60% des Français décident de s’allonger sur des matelas neufs à ressorts, 2% sur de la mousse…On commence à se débarrasser des vieux lits hérités des parents, pour acheter un lit neuf, on recherche le confort total. La rhéologie intervient lors de la fabrication des matelas toujours plus performants.
N’est-ce pas non plus la mentalité des dormeurs qui change ?
Tout à fait. On ne va plus uniquement dormir au lit. On y téléphone beaucoup, on y écoute de la musique, on regarde la TV, on y mange même et y discute à plusieurs...
Le lit est désacralisé, il devient à nouveau un meuble important de la maison mais qui ne sert plus que fortuitement à dormir. Les mentalités changent radicalement,
on parle de sa literie en nommant la marque, on en change facilement, elle devient l’expression d’une nouvelle mode ou d’un prestige.
La literie désormais liée à une production industrielle a rejoint le monde de la consommation.
Nos informations sur la literie
1. Dormir reste un des besoins physiologiques indispensables et depuis toujours, l’homme a cherché des solutions visant à améliorer son sommeil et son couchage.
2. La fonction de la chambre à coucher et du lit a évolué avec le temps. De nos jours, par exemple, le lit n’est plus seulement destiné à dormir mais est le théâtre de nombreuses autres activités. Les produits présents sur le marché s’adaptent et intègrent des technologies répondant à ces nouveaux comportements.
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